Mon téléphone est brillant!

Introduction

Dans cet essai, nous discuterons de la convergence du numérique vers les téléphones intelligents. Nous commencerons par présenter cette technologie, puis nous expliquerons les liens entre celle-ci et le monde des communications publiques. Par la suite, nous critiquerons la situation avec le regard du public. Nous conclurons ce document en nous questionnant sur ce que nous réserve le futur.

Un téléphone intelligent?

Personne n’arrive à préciser exactement de quoi il s’agit quand on parle de téléphones intelligents. Le marché est très récent et le vocabulaire de vente tente de transformer tous les téléphones cellulaires en machine intelligente. Encore là, le terme « Smartphone » reste un « buzzword » de marketing plutôt qu’une classe particulière d’appareil.

On peut cependant dire que les appareils mobiles haut de gamme plein de fonctions, à la limite d’être des mini-pc, forment cette nouvelle vague. Les iPhones et Blackberrys sont des exemples très connus et représentatifs de ces téléphones (Best, 2006).

Les premiers prototypes sont apparus durant les années 90, mais ce n’est pas avant les années 2000 que la technologie a réellement pris forme. Les possibilités techniques ont finalement rattrapé les ambitions des constructeurs. C’est au cours des dernières années  que les promesses de puissance, de convivialité et de connectivité du concept sont devenues disponibles au consommateur.

Le matériel de ces téléphones est à la limite des capacités technologiques du moment, ils sont le summum de l’industrie. Cependant, les avancées du domaine et de la production de masse permettent de produire ces appareils à un prix de plus en plus abordable. Les possibilités multimédias permettent de visualiser des photos et des vidéos, mais aussi d’en capturer. Certains intègrent un GPS, des interfaces tactiles ou des systèmes de reconnaissance du mouvement (Welte, 2008).

iphoneaugmented

Une image pour le moment surréaliste qui nous semblera bien banale dans quelques années. Le téléphone utilise son GPS et sa boussole interne pour déterminer le lieu de l’utilisateur et utilise ensuite sa caméra pour déterminer exactement ce qu’il regarde. Il se connecte à Internet simultanément pour en extraire l’information pertinente et la superpose à la réalité. L’appareil devient un portail sur un monde d’information invisible à l’œil humain.

L’aspect logiciel de ces appareils est également différent de l’habitude des petits appareils électroniques. Ceux-ci ont habituellement un « firmware » bien précis auquel on ne peut rien modifier ou ajouter. Les Smartphones, quant à eux, ressemblent davantage à ce que nous connaissons dans le monde des ordinateurs personnels : ils ont la capacité d’intégrer de nouveaux logiciels et d’être mis à jour très facilement (Wikipedia).

Il est évident que d’avoir autant de puissance informatique dans un format plus petit qu’un livre de poche est intéressant, mais la vraie révolution vient de la connectivité de ces appareils. Ils sont des portails mobiles qui permettent l’accès aux télécommunications mondiales en tous lieux et en tout moment. L’internet n’est plus restreint aux gros ordinateurs qui pendent au bout d’un fil, il devient omniprésent.

L’internet accessible partout transforme notre monde. Autrefois le concept de réalité virtuelle, isolée de la « vraie » réalité, semblait être le paroxysme de la technologie. Aujourd’hui nous avons plutôt affaire à la réalité augmentée. Au lieu de créer un autre univers, la portabilité de la connectivité a plutôt permis de mettre à jour celui qui existait déjà.

Smartphones et communications, la révolution

Le lien entre les téléphones intelligents et la communication publique est fort simple : Internet, autant pour y envoyer du contenu que pour en consulter, devient accessible partout et en tout temps. Le temps et le lieu ne sont plus des obstacles à la communication. Si le besoin s’en fait sentir, l’on communique. Le dernier obstacle est le cout, et celui-ci diminue d’année en année.

Le journalisme est construit sur l’actualité, et celle-ci est très rapide. La multiplication des appareils capables de capturer du contenu pour ensuite le diffuser réduit considérablement le temps entre un évènement et sa couverture. Les journalistes professionnels, mais aussi Monsieur-tout-le-monde, peuvent transmettre plus vite qu’il ne l’a jamais été possible, nous sommes arrivés à l’ère de la diffusion instantanée. Si un tel appareil se trouve dans la main d’un individu près d’un évènement digne de mention, les chances que ce dernier soit saisi sur le vif et diffusé par la suite sont très grandes.

Autant cette diffusion rapide peut être merveilleuse pour le journalisme, autant elle peut être désastreuse pour les relations publiques. Cette diffusion facile et immédiate de l’information échappe au contrôle des grands canaux de communication classique et des autorités. Les utilisateurs créent du contenu et le diffusent selon ce qu’ils désirent. Les organisations ne peuvent plus filtrer leur communication autant qu’avant et les grands médias n’ont plus l’exclusivité sur l’actualité. Il n’y a cependant pas que du mauvais, une organisation ayant un message jugé important et pertinent par le public aura une chance d’être entendue même si les propriétaires des canaux classiques refusent de relayer l’information. L’information devient de plus en plus démocratique. Le public, depuis longtemps une cible passive des médias, reprend le contrôle de la communication.

Du côté de la publicité, cette facilité d’accès et de création du contenu est, comme dans le cas des relations publiques, une arme à double tranchant. La surcharge d’information issue des nouveaux moyens de communication insensibilise les gens face à la publicité et aux autres messages non désirés. Quand la télévision était reine, il suffisait d’avoir les moyens de s’acheter du temps d’antenne pour passer un message. Cette époque est révolue. Des millions de sources d’information s’affrontent pour l’attention du public. Ce dernier a le loisir de choisir ce qui lui tente. Le publiciste astucieux devra donc arriver à exploiter cette nouvelle façon de rejoindre son public afin de se distinguer du bruit communicationnel que nous apprenons à éviter.

Ce que nous n’aurions pas dû voir

Un exemple récent démontre bien les changements sociaux qu’amènent les communications, et particulièrement la couverture que permet la prolifération d’appareils capables de saisir et de diffuser du contenu. Il s’agit de la révolte iranienne suite à l’élection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Une grande partie de la population considérait les résultats comme frauduleux et a protesté contre le gouvernement.

Cet évènement fût couvert de façon classique par les représentants des médias, mais ils ne peuvent saisir les choses comme s’ils étaient des manifestants impliqués. Leur présence est souvent restreinte par les gouvernements et ils doivent souvent se contenter de filmer ce qu’on veut bien leur montrer une fois les choses terminées. De plus, ils ne peuvent pas être partout en même temps, leur capacité de couverture est limitée.



Un bon exemple de convergence des nouvelles technologies : Un vidéo est saisi à l’aide d’un téléphone cellulaire, il est ensuite téléchargé sur YouTube et affiché sur Twitter pour le diffuser au public qui suit l’évènement. Il est par la suite repris dans les médias qui le complémentent d’information supplémentaire et le relaye au public large. L’appareil mobile utilisé au bon moment permet de créer l’actualité d’une toute nouvelle façon. On ne peut capter les faits de façon aussi vivante et réelle après coup. La qualité technique du film n’a pas d’importance dans un tel cas. Le professionnel peut obtenir un résultat de bien meilleure qualité, mais il ne peut pas filmer l’action.

L’utilisation de téléphones capables de communiquer la réalité des évènements a changé considérablement le poids politique des manifestants. En alertant l’international sur leur quotidien, le gouvernement ne pouvait plus les « écraser » sans se buter à l’opinion publique mondiale (Barr, 2009). Cela n’a pas empêché l’État de le faire autant qu’il le pouvait. Les hommes politiques de l’Iran ont compris que la liberté d’expression du peuple passait en grande partie par l’Internet, les réseaux cellulaires et autres technologies. Les communications ont été censurées, les sites bloqués, le trafic d’information surveillé.

Il est évident que les téléphones à eux seuls ne changent pas le monde. Ils permettent l’accès à l’Internet dans des situations où il est impossible de trainer un ordinateur au bout d’un fil. Dans le cas iranien, cela a permis de transmettre les faits d’une façon encore jamais vue (TheLongestWar, 2009). Les acteurs des évènements couvraient eux-mêmes leur situation et leurs actions, sans avoir besoin des professionnels des médias ou de l’approbation des autorités.

Les cellulaires parmi la foule ont capté le contenu qui sera par la suite diffusé partout sur l’Internet, mais ils permettent aussi la coordination ad hoc. Par le biais de service tel que Twitter, des groupes décentralisés pouvaient partager de l’information plus vite que l’État qui tentait de les contrôler. Un barrage policier n’arrêtera personne si tout le monde sait où il se trouve en l’espace de 5 minutes. L’inexistence de point central empêchait également d’éliminer le mouvement en « coupant la tête » des groupes manifestants.

Twitter et les téléphones cellulaires ont remplacé CNN et les équipes de journalistes (Potato chipping, 2009). Le journalisme d’aujourd’hui peut se faire de façon plus rapide, plus citoyenne et plus réelle que jamais. Le filtre médiatique devient un filtre politique, chacun devenant capable de montrer ce qu’il veut qu’on voie, sans tierce partie altérant le message.

Critique

La capacité de communiquer est inestimable pour l’Humanité. Ces nouveaux appareils permettent d’apporter avec nous l’accès au réseau d’information mondial. Il faudrait avoir une bien étrange conception du monde pour imaginer que l’humain pourrait trop communiquer. Ces nouvelles capacités requièrent évidemment une adaptation, mais nous gagnons considérablement plus en retour. Ceux qui ont construit leur modèle d’affaire sur une époque révolue risquent de voir négativement ces nouvelles possibilités, mais pour le public, c’est une opportunité surprenante.

Dan Wolley après son accident

Avoir de l’information à portée de main ne sert pas qu’à régler un débat sur les aspects anodins de la vie. Au moins une victime de séisme d’Haïti pense surement différemment. Dan Woolley doit la vie à son iPhone et à un guide médical qu’il avait téléchargé sur celui-ci. Seul avec son appareil, il s’est maintenu 65 heures en s’administrant lui-même les premiers soins nécessaires à sa situation. La lumière de l’appareil et l’appareil photo lui ont également permis de mieux gérer son environnement.

Il est évident qu’on peut trouver cette nouvelle façon de faire envahissante. Nous n’avons pas comme habitude d’être toujours disponibles, et ces nouveaux appareils rendent la chose possible. Il faut donc apprendre à s’isoler au bon moment. Nous ne pouvons plus quitter la maison ou s’éloigner du téléphone pour soudainement devenir inaccessibles.  Mais le téléphone cellulaire intelligent n’est qu’une possibilité, il n’est pas une obligation. Nous pouvons, et devons, apprendre à vivre dans ce nouveau contexte.

L’accès Internet en tout temps et en tous lieux vient profondément changer la balance du pouvoir dans nos sociétés. Il est maintenant possible de diffuser quasi instantanément un point de vue avec preuve audiovisuelle à l’appui. Le contrôle des populations et la censure deviennent de plus en plus difficiles, ce qui n’empêche pas plusieurs pays d’essayer quand même (BBC, 2010). L’autorité perd sa puissance et nous assistons à la naissance d’une société démocratique en pratique, pas seulement en théorie. Le marché mondial des idées, des points de vue et de l’actualité est dans notre main, sans métaphore.

La coordination permise par ces téléphones permet aux groupes activistes de s’organiser de façon plus rapide pour que leur message ne soit pas réprimé par les groupes qu’ils dénoncent. La démonstration de la volonté populaire ne peut être qu’une bonne chose. Une société en mouvance doit arriver à débattre des questions épineuses. Avec de telles technologies, les différents points de vue seront mieux représentés (Neff, 2009).

Les appareils cellulaires rendent réelle la notion de réseaux sociaux. Des services comme Facebook et Twitter prennent tout leur sens lorsqu’ils peuvent s’intégrer réellement dans la vie de tous les jours, et personne ne traine un ordinateur complet dans sa poche (Mobile innovator, 2008). Nous ne sommes pas télépathes, mais nous nous en rapprochons de plus en plus. Bien qu’on accuse souvent l’information et l’Internet de détruire les relations sociales, nos capacités d’interactions ne cessent d’augmenter.

Il faut quand même garder à l’esprit le côté gadget de ces appareils et que malgré leurs nombreux avantages, il s’agit souvent d’un luxe dans lequel on peut allègrement couper en période économique plus difficile. Les téléphones intelligents n’ont pas encore atteint le statut d’indispensables (Deloitte, 2009).

Conclusion

Depuis le début des temps, les nouvelles technologies bouleversent notre monde. Ces changements, qu’ils soient positifs ou négatifs, sont inévitables. On ne peut taire le progrès très longtemps. Avec un téléphone intelligent, l’être humain devient une créature connectée en permanence sur le réseau. L’existence de cette réalité ne peut être évitée, nous devrons apprendre à la gérer.

Cette nouvelle technologie s’inscrit parfaitement dans la démocratisation de l’information qu’a entamée l’Internet. Le public n’est plus soumis (du moins, pas autant) à l’agenda-setting de ceux maitrisant les canaux d’information traditionnels. Le monde des communications devient plus rapide, plus émotif, plus chaotique, plus social, plus vrai.  L’individu moyen peut être entendu, et le professionnel des communications doit sérieusement revoir ses façons de faire s’il ne veut pas finir dans un musée.

D’un point de vue de l’accès à l’Information, tout le monde est gagnant. Du moins, tous ceux qui ne construisent pas leurs stratégies sur l’ignorance. Que l’on parle de chicanes entre amis à propos de titre de chanson ou d’information vitale en temps de crise, l’accès temps réel bouleversera nos habitudes. Le téléphone intelligent devient le document de référence par excellence. Il a accès à tout, tout le temps, et partout.


Références

Best, Jo. 2006. « Analysis : What is a smart phone? ». Silicon.com. En ligne. 13 février. URL : http://www.silicon.com/technology/mobile/2006/02/13/analysis-what-is-a-smart-phone-39156391/. Consulté le 20 février 2010.

Welte, Harald. 2008. « Anatomy of contemporary smartphone hardware ». Chaos Computer Club. En ligne. 28 décembre. URL : http://events.ccc.de/congress/2008/Fahrplan/attachments/1260_25C3-smartphone_anatomy.pdf. Consulté le 20 février 2010.

Auteurs multiples. Année inconnue. « Mobile operating system ». Wikipedia. En ligne. Date inconnue. URL : http://en.wikipedia.org/wiki/Mobile_operating_system. Consulté le 20 février 2010.

Barr, Bob. 2009. « Revolution by cell phone in Iran ». ajc. En ligne. 22 juin. URL : http://blogs.ajc.com/bob-barr-blog/2009/06/22/revolution-by-cell-phone-in-iran/. Consulté le 20 février 2010.

Auteur inconnu. 2009. « More images of revolt in Iran : Fashion from women who are heroes ». TheLongestWar. En ligne. 17 juin. URL : http://thelongestwar.wordpress.com/category/images-of-irans-revolt/. Consulté le 20 février 2010.

Auteur inconnu. 2009. « Twitter:Iranian Revolt::CNN:Gulf War ? ». Potato chipping. En ligne. 15 juin. URL : http://www.potatochipping.com/2009/06/twitteriran/. Consulté le 20 février 2010.

Auteur inconnu. 2010. « Google postpones China mobiles after censorship row». BBC. En ligne. 19 janvier. URL : http://news.bbc.co.uk/2/hi/8467491.stm. Consulté le 20 février 2010.

Neff, Megan. 2009. « Mobile phones creating new opportunities for activists ». America.gov. En ligne. 10 aout. URL : http://www.america.gov/st/democracyhr-english/2009/August/20090810095023emffen0.5824243.html. Consulté le 20 février 2010.

Auteur inconnu. 2008. « Episode 1 : Facebook Mobile Review ». Mobile innovator. En ligne. 4 décembre. URL : http://www.youtube.com/watch?v=JTj1JBml3Bk. Consulté le 20 février 2010.

Auteur inconnu. 2009. « Smart phones : how to stay clever in a downturn ». Deloitte. En ligne. Date inconnue. URL : http://www.deloitte.co.uk/TMTPredictions/telecommunications/Smartphones-clever-in-downturn.cfm. Consulté le 20 février 2010.

Médias

Montage photo d’iPhone en réalité augmentée disponible sur taranfx.com

Vidéo amateur sur l’Iran disponible sur youtube.com

Article et photo sur l’aventure de Don Wolley disponible sur mashable.com