Blog blogué

Contrepied de Travail sur le blogue, présenté sur mon blog dans le cadre du cours COM-6032

Introduction

Dans cet essai, nous réagirons à un essai portant sur l’apparition des plateformes de publications électroniques. Nous les appelons habituellement « blogs », diminutif de « web logs ».

Nous commencerons par brièvement présenter cette technologie et la critique du premier essai, puis nous expliquerons les liens entre celle-ci et le monde des communications publiques. Par la suite, nous critiquerons la situation avec le regard du public. Nous conclurons ce document en nous questionnant sur l’impact de cette technologie sur le contrôle de l’information.

Revisitons la technologie

Les blogues sont une combinaison de technologie internet relativement nouvelle. Ils reposent sur des plateformes du type CMS (Content management system). Ce type de gestion de l’information permet de grandes améliorations par rapport à ce qu’un logiciel d’édition HTML seul peut accomplir.

La quasi-totalité de ces systèmes supporte les comptes multiples et permet d’avoir plusieurs auteurs, et commentateurs, œuvrant tous sur la même page, de façon complètement transparente pour l’utilisateur. La forme est souvent la même : une suite de publication appelée billets sont affichés sur la page d’accueil en ordre chronologique inverse (le plus récent en premier) et chacun de ces textes peut mener à des discussions (Wikipédia, 2010).

Les blogues demeurent des pages web, et par conséquent utilisent tout ce qu’on peut y trouver, comme de la mise en page CSS, des images, du vidéo, de l’audio et des hyperliens qui permettent de concrétiser le principe de « toile » duquel le web tire son nom.

Résumé de la critique

La critique de l’essai repose sur un thème central : un blogue n’a de la valeur que s’il est fait par un professionnel. Bref, les blogues ne sont pas intéressants s’ils ne viennent pas d’une figure d’autorité issue d’un média journalistique « traditionnel ».

Les blogues apportent un gros avantage manquant aux médias classiques : l’interactivité. Celle-ci est cependant limitée au public ayant accès à l’Internet et sachant utiliser ces moyens.

Le blogue vient complémenter le travail des journalistes fait sur d’autres médias, mais il n’a pas de valeur à lui seul. Il améliore ce qui se fait déjà. Un blogue venant d’un Monsieur Tout Le Monde est plus souvent un journal intime, voire une thérapie, qu’un média sérieux et crédible. Puisque les blogueurs qui ne sont pas associés à d’autres médias le font pour la satisfaction d’être lus, ils ne sont pas une menace qui pourrait éventuellement remplacer la presse écrite.

Retour sur la critique

La critique formulée dans le précédent essai est tout à fait vraie et réelle si on regarde l’univers de la communication avec la conviction que les choses ne changeront jamais, ce qui n’est jamais le cas. Ce genre de vision de la nouveauté est classique de tout changement. Quand les premiers réfrigérateurs sont apparus, on a surement entendu des commentaires du genre : « C’est bien comme truc, ça peut servir quand la chambre froide ne fait pas l’affaire. Mais ça ne remplacera jamais une vraie chambre froide, qui contient de la vraie glace ». Et presque toujours, ces jugements ne résistent pas à l’épreuve du temps.

Les médias traditionnels ont perdu leur crédibilité depuis déjà un moment (L’envers des médias, 1992). Les journaux n’arrivent plus à faire plus d’argent qu’un blogue. Les médias sont déjà en crise, nous sommes déjà dans la tourmente de la révolution. On ne peut pas avoir une vision réaliste du futur en niant que les axiomes journalistiques qui nous semblaient aussi solides que le roc se fissurent et tombent autour de nous. On regarde la télé, on écoute la radio, on lit les journaux, mais on n’y croit plus, on cherche autre chose. Dans un tel contexte, la réputation des auteurs ne veut plus dire grand-chose, sinon une plus grande familiarité de la part de la clientèle donc une pénétration plus facile. C’est un avantage purement commercial. L’information est un bien, que l’on s’échange sur des marchés mondiaux qui filent plus vite que les évènements qu’ils décrivent.

Il ne faut évidemment pas bloguer que pour bloguer, mais bien peu de gens suivent ce conseil. La baisse drastique de la difficulté de publication a augmenté considérablement l’information disponible sans égard pour sa qualité ou pour son intérêt. Le lecteur devient responsable de son propre défrichage dans cette jungle qui n’a pas de « gatekeepers » comme les médias classiques. Le processus de publication a été renversé dans l’ordre de ses étapes. Les partisans du principe classique de tri professionnel décrient cette liberté qu’a le surfeur comparé au lecteur d’un journal. Le contrôle de l’information devient de plus en plus illusoire et temporaire. Source de la photo: Toothpaste for dinner

Les blogues, comme plusieurs autres technologies reliées à l’Internet, bouleversent complètement le monde de la communication. C’est n’est pas une bonification qui ajoute de petits détails amusants ou une évolution qui nous fournit une image de meilleure qualité. Nous sommes à l’heure d’une révolution communicationnelle.

toutlemonde.com

Les blogues changent le monde des communications. Dépendamment du point de vue, cela peut être un rêve ou un cauchemar. Les révolutions technologiques sont habituellement très profitables pour le grand public. La joie est plus nuancée lorsqu’on regarde les secteurs économiques qui tiraient profit de l’ancienne situation. Les usines à glace n’ont surement pas apprécié l’apparition du réfrigérateur, même s’il s’agissait d’une excellente idée.



Les nouvelles plateformes ont démocratisé la publication internet. Les sites web étaient réservés à des gens possédant des compétences techniques ou les moyens financiers de les avoir. Ce n’est plus le cas de nos jours. N’importe qui sachant utiliser un traitement de texte et un fureteur internet a suffisamment d’expertise pour commencer à bloguer. Il n’obtiendra probablement pas le même résultat qu’une équipe professionnelle, mais il peut tenter sa chance s’il sait apporter le bon contenu au bon public, il a toutes les chances d’atteindre ses objectifs. Source du vidéo: Youtube

Cette technologie permet de rejoindre les publics délaissant les médias traditionnels. De plus en plus d’individus font ce choix de s’informer et de communiquer différemment (Gigon, 2008), le blogueur est entouré de lecteurs potentiels.

Le processus est très abordable et ainsi des organisations et des individus n’ayant pas les moyens d’user de la publicité traditionnelle ne sont plus soumis à la volonté des journalistes s’ils veulent s’exprimer.

Le tout fonctionne dans les deux directions. Il est toujours très utile d’avoir une rétroaction immédiate lorsque l’on communique, et cela facilite considérablement le suivi de la relation entre l’auteur et les lecteurs. Un passionné de jeux vidéos qui parle de ce qu’il aime peut ainsi avoir une meilleure connaissance de sa clientèle qu’une revue spécialisée qui ne bénéficie pas de la même intimité avec le lecteur.

Cette facilité à publier et ses couts minimes permettent une spécialisation encore plus grande que ce que nous considérions avant comme des médias spécialisés. Il existe des chaines de télévision parlant de rénovation, mais il existe des blogues dédiés uniquement aux technologies d’isolation. De nombreux experts de domaines variés utilisent le blogue, des couturiers jusqu’au dessinateur. Auparavant, on n’aurait tout simplement jamais entendu parler d’eux.

Le principe de niche mondiale dépasse la théorie. Lorsqu’on peut rejoindre toute la planète sans différence de couts, la seule question qui reste à se poser devient : Est-ce qu’il y a assez de gens qui écoutent pour couvrir mes frais? De plus en plus, on réalise que des communautés s’organisent autour de questions que l’on n’aurait jamais considérées digne d’autant de communication voilà à peine quelques années.

Les professionnels du métier, bien qu’ils profitent eux aussi des avantages de la technologie, perdent le contrôle des messages. Tout opposant a maintenant accès aux mêmes moyens de se faire entendre. Plusieurs préfèreraient surement recommencer à payer très cher si cela pouvait leur garantir l’exclusivité comme autrefois. Les amateurs ont monté en influence, les experts en ont perdu. Quelque part entre les deux se trouve la nouvelle réalité des communications : tous ont le potentiel d’être entendu.

La première réaction des communicateurs est de résister et d’utiliser leur influence et  leur importance pour protéger le statuquo. Mais comme l’histoire le démontre, on ne peut protéger hier demain. Ils pourront surement ralentir le processus, particulièrement si les lobbys parviennent à faire payer la facture par les autres comme l’ont fait les fabricants de voitures. Mais les vrais gagnants seront ceux capables de transformer ces nouvelles opportunités en résultats. Se battre contre le changement, c’est s’avouer vaincu. Google ne vient pas des spécialistes de l’indexation bibliothécaire et Facebook n’est pas l’évolution d’un site de rencontre. On peut s’attendre à ce que les gros noms de demain ne viennent pas des organisations de communication actuelles. Il ne faut pas non plus se surprendre s’ils viennent de quelques passionnés apparemment sans moyens.

Exemples de ces changements

CrazyKinux.com

Le MMORPG Eve Online possède une des communautés de joueurs les plus connectés et socialisants qu’il est possible de trouver sur le Net. Dans la foulée, de nombreux joueurs utilisent le blogue pour relater leur aventure, commenter le jeu ou rapporter ce qui se produit dans son univers virtuel. Il existe une revue sur le jeu et évidemment un site web géré par la compagnie créatrice. Mais ces canaux « officiels » n’arrivent aucunement à la cheville de la quantité d’information mise en ligne par les amateurs. CrazyKinux, un des plus gros blogues sur le sujet, est même reconnu par la compagnie comme un partenaire privilégié et leur accorde des entrevues au même titre que des journalistes.

Dr Paul cured my apathy

Les blogues peuvent également être de prodigieuses machines à contourner les médias traditionnels lorsque des individus ne se sentent pas adéquatement informés ou représentés et prennent les choses en main. Les élites politique et médiatique travaillent habituellement main dans la main et il est extrêmement difficile pour des idées différentes de se faire entendre. Les gros médias s’intéressent aux gros politiciens, car ils attirent la plus grande part d’auditoire, et les gros politiciens ne considèrent que les gros médias, car ils rejoignent la plus grande partie de l’électorat. On assiste ainsi à une spirale qui se renforcit d’elle-même et écarte les dissidents.

La course à la chefferie du GOP en 2008 par Ron Paul aurait complètement passé inaperçue s’il avait fallu se fier uniquement sur les médias de masse qui suivaient les quelques candidats vedettes sans s’intéresser au débat idéologique. Les mouvements « grassroot » ont, par la volonté et le travail d’individus convaincus, mis sur la carte ce candidat d’une façon encore jamais vue. Le blogue a permis à plusieurs de ces individus de se faire entendre et de s’organiser. La grande majorité de ces gens n’avaient ni les ressources ni la main-d’œuvre spécialisée des grosses organisations, mais ont réussi à créer des premières en politiques. Entre autres avec les « moneybombs » (Wolf, 2007), ces évènements web servant à amasser un maximum de dons en un minimum de temps afin de créer la nouvelle.

Si la presse représente la quatrième branche de la démocratie, on peut sérieusement se questionner sur son travail (Gelderloos, 2003) lorsque les amateurs parviennent à créer un débat politique plus stimulant et novateur qu’elle.

Iran, politique et contrôle

Le Perse est la cinquième langue la plus bloguée. Une grande partie de ces blogueurs provient d’Iran qui a un gouvernement tentant de contrôle l’information et la politique. Une telle situation a participé à l’émancipation des communications citoyennes avec les moyens du bord, soit l’Internet et par conséquent, les blogues. La société iranienne a probablement une des blogosphères les plus vivantes par rapport au reste de ses médias, précisément parce que cette technologie permet de remettre les débats politiques dans les mains des citoyens et d’échapper à la censure de l’État.

« This is not just a phenomenon of access to new technologies, although it is obviously that. This is not just young people enjoying Internet chats, although there is that too. This is about the construction of a public space for debate about and definition of the political that escapes and evades — however tenuously — the control of the regime. This is about the practice of and continuation of politics by other, many, and new means, inside and outside the country. » (Khiabany – Sreberny, 2007)

Au bout du compte…

Les blogues qui marchent le mieux sont, comme dans tous les domaines, ceux qui répondent à un besoin. Si un blogue apporte de la valeur au lecteur, il le considèrera comme une ressource utile. La réputation de l’auteur est importante, il s’agit encore d’un des meilleurs moyens d’évaluer la qualité d’une information. Cependant, cette réputation peut se construire de bien des façons, provenir d’un autre média réputé n’est qu’un chemin parmi tant d’autres.

Le blogue peut être un excellent moteur de relations publiques pour un professionnel qui n’est pas impliqué dans le domaine des médias. Seth Godin, un spécialiste du marketing, combine le blogue, les livres et les conférences pour se faire connaitre. Le blogue agit comme fil conducteur permanent qui sert à occuper l’espace en tout temps et permet de rejoindre le public instantanément sans effort. Les lecteurs assidus du blogue sont souvent les mêmes qui achètent les livres et vont aux conférences. Comme quoi bloguer peut être payant. Il faut voir plus loin que le modèle d’affaires traditionnel qui se base sur la distribution matérielle plutôt que sur le contenu. Quand la livraison est gratuite, il devient difficile de justifier un cout, mais le médium n’est pas sans intérêt pour autant. Des néophytes des communications, comme Thomas Mahon, l’auteur d’EnglishCut.com, utilisent eux aussi avec succès le blogue dans leur stratégie de mise en marché. La démocratisation qu’apporte l’Internet donne la chance à tous de faire leur place dans le monde des communications. Source de la photo: Blog de Seth Godin

Tous peuvent tenter l’aventure et devenir des auteurs ou alors demeurer un lecteur et profiter de toutes ces nouvelles possibilités issues des blogues.

Conclusion

Les blogues sont un exemple parmi plusieurs d’un nouveau courant en communication. La capacité d’expression devient réellement accessible à tous et non uniquement en belles paroles. Les élites traditionnelles perdent le contrôle.

Ils ne peuvent plus user de la rareté des canaux de transmission pour gérer ce qui est transmis et ce qui ne l’est pas. Ils ne savent pas comment réagir ni comment gérer un marché dans lequel leur concurrent était autrefois leur client. On n’arrive plus à rendre rentables les médias internet dans un marché qui attribue une valeur monétaire nulle à de l’information brute. Il y a tellement de concurrence que la gratuité est le seul prix qui fonctionne (Anderson, 2009). De plus, la publicité web ne rapporte pas grand-chose, c’est la conclusion que l’on tire depuis qu’on est capable de l’évaluer précisément.

Les entreprises qui ont été capables de rendre profitable la publicité combinent plutôt leur connaissance de la clientèle à du contenu qu’ils n’ont pas à produire, comme Google et Facebook le font. Cette situation est parfaite pour les blogueurs, on leur fournit tout les outils dont ils ont besoin pour tenter l’expérience et c’est eux qui prennent les risques. Comment les organisations traditionnelles avec leur énorme structure et leurs couts fixes pourront concurrencer des gens qui n’ont rien à perdre? Ils préfèreraient surement ne pas avoir à se poser cette question.

« Dude, it’s on the internet. It’s been downloaded, uploaded, torrented, copied, cleaned up, trimmed down, analyzed, re-analyzed, commented on, posted, and removed dozens of times already. Even if you somehow identified every website that currently has it posted and somehow forced them to pull the video, it would live on and be recovered from people’s caches and be re-posted to an order of magnitude more websites tomorrow. It’s over. » (Mozeetoby, 2010)

Bibliographie

Mozeetoby. 2010. « Re:How long will this video last? ». Slashdot.org. En ligne. 5 Avril. URL : http://news.slashdot.org/comments.pl?sid=1607760&cid=31736476. Consulté le 9 Avril 2010

Gelderloos. Peter. 2003. « The Fourth Branch of Government: Corporate Media Complicity from Miami to Iraq ». Eatthestate.org. En ligne. Date inconnue. URL : http://eatthestate.org/08-08/FourthBranchGovernment.htm. Consulté le 9 Avril 2010.

Wikipédia (auteurs multiples). 2010. « Blog ». Wikipedia.com. En ligne. Date inconnue. URL : http://en.wikipedia.org/wiki/Blog. Consulté le 9 Avril 2010.

L’envers des médias (auteur inconnu). 1992. « Déontologie des journalistes : une polémique révélatrice ». Acrimed.org. En ligne. Date inconnue. URL : http://www.acrimed.org/article31.html. Consulté le 9 Avril 2010.

Gigon. Arianne. 2008. « La génération @ lira moins de journaux ». Swissinfo.ch. En ligne. 11 Septembre. URL : http://www.swissinfo.ch/fre/culture/La_generation_@_lira_moins_de_journaux.html?cid=6911892. Consulté le 9 Avril 2010.

Wolf. Byron. 2007. « Who are Ron Paul’s Donors? ». Abcnews.go.com. En ligne. 6 Novembre. URL : http://abcnews.go.com/Politics/Vote2008/Story?id=3822989&page=1. Consulté le 9 Avril 2010.

Anderson. Chris. 2008. « Free! Why $0.00 is the future of business ». Wired Magazine. En ligne. 25 Février. URL : http://www.wired.com/techbiz/it/magazine/16-03/ff_free. Consulté le 9 Avril 2010.

Khiabany, Sreberny. Gholam, Annabelle. 2007. « The Politics of/in Blogging in Iran ».  Project Muse, scholarly journals online. En ligne. Date inconnue. URL : http://muse.jhu.edu/journals/comparative_studies_of_south_asia_africa_and_the_middle_east/v027/27.3khiabany02.pdf. Consulté le 9 Avril 2010.