Divorcer en se lançant des livres au lieu de la vaisselle
L’autonomie institutionnelle est désirée par deux types de directeurs : Ceux qui veulent la liberté d’action et ceux qui veulent diriger leur empire au lieu d’être un acteur d’un système plus grand.
La différence entre les deux vient de la capacité de la personne à rassembler les gens autour d’un projet d’avenir et d’être prêt à s’engager à sa réalisation. Il faut être prêt à affirmer son intention et de susciter l’intérêt des membres de l’institution. Et suite à l’annonce de Raymond Duchesne du 11 juin, je ne peux faire autrement que de constater que nous ne sommes pas devant cette situation.
Ma question était simple : « À quel point la Téluq est prête à brasser sa propre cabane pour redevenir une pionnière en matière de formation hors-campus ? », et sa réponse ? Bien, je cherche encore s’il y a eu une réponse. Derrière la langue de bois il n’y avait aucun engagement.
La Téluq a besoin d’une sérieuse mise à jour, les dernières années ont vu naitre une foule d’outils pédagogiques et communicationnels incroyables. La Télé-Université a manqué le bateau en gaspillant son énergie sur ses disputes internes. D’ici à ce qu’un plan de renouvellement soit mis en place, je ne peux faire autrement que de constater que fusion / défusion, c’est pas mal du pareil au même.
Qui de Corbo ou de Duchesne saura amener sur la table un projet ambitieux et innovant pour notre université ? Malgré tout ce qu’on peut reprocher au rapport Brossard, au moins c’est un pas vers autre chose que l’immobilisme. D’ici à ce que le projet de séparation ressemble à autre qu’une chicane de famille, je ne peux pas appuyer cette option.
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Excellent billet.
La thèse selon laquelle le recteur est fermé d’esprit ne tient pas la route.
On ne peut pas quitter l’UQAM sur un pareil coup de tête. Il faudra une analyse sérieuse.
Voir ma réponse à Raymond Duchesne:
http://www.daniel-lemire.com/UQAM/Devons_nous_quitter_l_UQAM_a_cause_de_Brossard.pdf
J’ai beaucoup de misère avec une telle sortie séparatiste sans le moindre plan ou proposition sur la table. On a rien à comparer au rapport Brossard, je ne vois pas comment appuyer le néant.
Il y a un étrange renforcement réciproque entre le refus de Raymond et celui du site “Sauvons la Téluq”. De la résistance au changement à l’état pur. Et pourtant tout ce beau monde rêvait à l’unisson il y a quelques années, même si Raymond avait déclaré dans le journal interne que la Téluq pouvait fort bien se sortir de ses difficultés sans l’UQAM.
Le problème, c’est que la Téluq n’a pas de projet et se perçoit toujours comme le leader en matière de formation à distance, malgré la concurrence que lui fait Laval (notamment grâce à la combinaison de la formation à distance, de la formation sur mesure et de la formation aux aînés). Le corps professoral est divisé, entre une définition axée sur la spécificité de la formation à distance et la définition universitaire classique, et a été dans l’impossibilité de se définir dans l’UQAM. Les nouveaux cours attirent en moyenne moins d’étudiants que les anciens et la Téluq dépend de plus en plus de ses cours et programmes en gestion alors que les secteurs de l’informatique et des langues, jadis florissants, sont en nette perte de vitesse. Quant aux technologies, j’ajouterai simplement à tes remarques que nous sommes empêtrés avec une plate-forme maison qui nous a coûté cher et qui fonctionne mal, alors que Laval, l’UQAM et l’université Athabasca ont choisi Moodle, qui a été facilement adopté par les communautés (à Laval, plus de 80 % des cours sont maintenant sur Moodle, ce qui représente un nombre de cours en ligne nettement supérieur à celui de la Téluq).
Bref, si le divorce devait advenir il faudra un sérieux plan de match. Mais nous n’en sommes pas encore là, et j’espère que la ministre saura faire passer les intérêts des étudiants avant les chicanes de structure, les rivalités syndicales et les aigreurs de cadres jaloux de leur poste ou de leur pouvoir.
Effectivement, ça serait mauditement intéressant de voir comment les administrateurs de la Téluq perçoivent eux-mêmes la position de l’université dans le marché de la formation hors-campus au Québec. Un décalage entre la réalité et les perceptions expliquerait beaucoup de choses.
Comme je l’ai dit souvent, sans changement, la TÉLUQ va rester ce qu’elle est. Une microuniversité qui n’offrira pas plus de cours ni de programme.
Il ne peut pas y avoir d’innovation dans une boîte où les partisants du statu quo ont tout le pouvoir. Raymond Duchesne te répondra qu’il y a un plan: la poursuite de la présente recette.
Au fil du temps, à mesure que l’on continue d’innover ailleurs, la TÉLUQ perdra sa pertinence jusqu’à disparaître par attrition dans environ 30 ans. C’est absolument inévitable.
Les étudiants n’obtiendront absolument rien de plus dans une TÉLUQ “libre”. Ce sera la poursuite de la même recette à la vie à la mort.
Comme le soulignait Patrick, la grande innovation de la TÉLUQ dans les dernières cinq années fut un système de diffusion des cours maison “Concept@”. Or, Concept@ a coûté cher, trop cher… on a mis à mal les autres services de la TÉLUQ pour le construire… Et on se retrouve avec un éléphant blanc… Les cours Concept@ ont l’air de dater des années 90… et c’est pas un hasard! Pourquoi? Parce qu’on ne sait que reproduire nos anciennes recettes. On est incapable de comprendre les développements ayant lieu ailleurs.
Heureusement, la TÉLUQ libre n’est pas chose faite. On ne peut pas justifier l’attribution de lettres patentes à la TÉLUQ avec pour seul objectif de protéger des jobs de cadres supérieurs.
Le noeud problème à l’heure actuelle est que l’UQAM ne semble pas vraiment vouloir de la TÉLUQ. C’est un mariage forcé, arrangé par des parents qui disaient vouloir le bien de leurs enfant mais qui en fait ne l’ont fait pour redorer le blason famillial.
On peut bien essayer de vaincre la réaction au changement mais encore faut-il qu’il y ait un minimum d’ouverture. Dans un processus de gestion du changement, il y a normalement des “early adopters” sur qui on compte pour mousser les bénéfices du changement. Mais dans le cas qui nous concerne, il ne semble pas y en avoir, personne ne semble y trouver son compte alors la situation stagne et personne n’y gagne.
Si la TÉLUQ doit reprendre son autonomie, cela ne pourra se faire que sous une “nouvelle administration”. Il faudra aller chercher des dirigeants hors de l’organisation qui pourront amener des idées nouvelles afin de mettre fin au cercle incestueux qui fait qu’on ne reproduit que la même recette encore et encore.
D’ici à ce que quoi que ce soit ne se passe dans ce dossier ce sont les étudiants qui font les frais de cours désuets, de services inadéquats et d’employés mécontents.