Technologie et société, l’un ne va pas sans l’autre
Qu’est-ce que le déterminisme technologique?
Le déterminisme technologique (DT) est une théorie sociale réductionniste. Le réductionnisme étudie les systèmes complexes en les réduisant à des éléments simples et à leurs interactions, dans le cas présent la technologie et son influence. Il considère la technologie comme moteur principal du développement de la structure sociale et des valeurs (Huster, 2000). Thorstein Veblen (1857-1929), un sociologue américain, serait le premier à avoir utilisé ces termes.
Deux idées principales forment cette pensée:
Le développement technologique suit une voie prévisible en dehors de l’influence culturelle ou politique. Il s’influence lui-même. La technologie est considérée comme étant la base de toute activité humaine.
Le développement technologique affecte la société. Elle s’articule autour de la technologie et de ses possibilités. Le progrès social est une conséquence de l’innovation technologique qui avance de façon inévitable.
Les interactions entre la technologie et la société ressemblent à la question classique : « Est-ce l’œuf ou la poule qui est apparu en premier? »
Le DT déclare que la technologie arrive toujours en premier. Les changements sociaux sont des adaptations conséquentes. Jamais une modification sociale n’aura d’influence sur l’univers technologique.
Dans Watchmen, la maitrise totale de la matière par Dr Manhattan crée un monde tout à fait différent du nôtre, malgré un parcours social et technologique identique avant cet instant.
Le DT s’oppose au libre arbitre humain. Dans sa description « dure », il n’y a pas de place pour la liberté de choix. Un changement technologique conditionne automatiquement un changement social donné. Dans la version « souple », l’humain garde une marge de manœuvre dans sa façon de s’adapter aux innovations. Les alternatives voient l’humain comme une force réactive à sa propre capacité d’innovation, il ne la guide pas.
Il est possible de concevoir l’Histoire humaine comme une perpétuelle adaptation aux nouvelles technologies :
L’alphabétisation de masse est issue de l’imprimerie;
L’individualisme est une conséquence de l’apparition de la production en série;
La colonisation de la planète aurait été impossible sans les avancés du transport;
Etc.
Les partisans du DT ne s’entendent pas sur la réaction humaine face à l’innovation, mais tous s’entendent pour dire que nous sommes limités par notre technologie et que nous progressons seulement grâce à elle.
Les critiques du DT ont émergé au cours de la deuxième moitié du 20e siècle. Les forces nucléaires, les abus de la science (comme l’eugénisme) et les problèmes du tiers-monde ont poussé les sociétés à désirer plus de contrôle sur la technologie. Le modèle du DT a conséquemment perdu une bonne partie de son attrait comme théorie sociale. Ceux qui se penchent sur la question accordent désormais beaucoup plus de place aux choix humains et aux forces sociales. La technologie n’est plus vue comme l’unique moteur d’innovation. L’antipode du DT, soit le déterminisme social, considère l’adoption des nouvelles technologies dépendante de l’acceptation des forces sociales.
Malgré sa perte de vitesse, cette conception du monde a encore ses adeptes. Des publications récentes, telles que « The world is flat » de Thomas Friedman en 2005, parlent de l’aplanissement des différences entres personnes et sociétés. Les possibilités technologiques sont mises à l’honneur dans ces changements. Toujours selon Friedman, les dix forces qui ont nivelé nos sociétés modernes sont toutes reliées d’une façon ou d’une autre aux possibilités offertes par des technologies émergentes (Wikisummaries, année inconnue).
D’après vous, les technologies d’information sont-elles déterminantes dans le développement de nos sociétés?
Il serait absolument impossible d’avoir les sociétés que nous avons actuellement sans l’apport de la technologie. Les communications et la gestion de l’information ont été radicalement transformées par l’utilisation d’outils de plus en plus performants. Nos sens et nos possibilités de se sont décuplés. Sans ces nouvelles capacités, nos sociétés seraient très différentes et moins développées selon plusieurs critères d’évaluation.
La gestion et la transmission de l’information ont tellement marqué notre époque que nous l’avons baptisé « société du savoir ». De la même manière que la production de masse a déterminé l’ère industrielle, l’implantation des technologies de l’information sculpte notre présent.
Sans les technologies de l’information et des communications (TIC), nous aurions tout de même une structure sociale, mais qui n’aurait rien à voir avec notre monde actuel. Les TIC sont déterminantes dans notre évolution sociale. Voici quelques exemples :
L’information est disponible partout, en tout temps et (presque) gratuitement. Le cout de diffusion était autrefois un cout majeur dans le produit final. Par exemple, un CD doit être fabriqué et expédié à un client. Un téléchargement se fait instantanément entre deux points sans rien déplacer sinon quelques milliards d’électrons. La distribution de la musique a complètement changé, celle des films suivra. Il ne manque que la bande passante. Les éditeurs de journaux et de livres tentent à la hâte d’adapter leur modèle d’affaires à cette nouvelle réalité. C’est la première fois dans l’histoire que l’on arrive à se passer d’un support physique dans la vente de produits culturels (Costello, année inconnue).
L’organisation du travail a changé du tout au tout. D’abord par l’apparition de l’informatique, qui a permis de gérer l’information de façon beaucoup plus efficace (IBM, année inconnue). Par la suite, les télécommunications ont permis de transporter toutes ces données entre les entreprises, les individus et les gouvernements. Les analphabètes modernes ne sont plus ceux qui ne maitrisent pas la plume, mais bien ceux qui ne savent pas quoi faire devant un clavier.
Les groupes n’ont plus de frontières géographique ou spatiale dans leur organisation. Des micromarchés planétaires créent une demande qui n’existait pas autrefois. Des concepts économiques comme le « Long Tail » (Anderson, 2004) sont apparus dans ce nouveau contexte. L’idée d’un magasin à l’espace quasi illimité, disponible à tous les clients de la planète, à partir du même endroit (comme Amazon ou eBay), serait complètement irréaliste sans l’internet.
La censure politique devient de plus en plus difficile à maintenir. Des endroits hermétiques, comme la Corée du Nord, y parviennent encore, mais dès qu’une population commence à s’ouvrir, le mouvement est rapide. Le gouvernement chinois n’arrive plus à maintenir un coupe-feu étanche entre sa population et le reste du monde. Les soulèvements de masse des iraniens contre les résultats d’élections sont diffusés partout dans le monde (Berman, 2009). Le contrôle social semble appartenir à une autre époque.
Sans Internet, aurions-nous entendu parler de l'Iran?.
Nous communiquons plus vite, avec plus de gens, plus efficacement et plus facilement que jamais. L’ère actuelle repose en grande partie sur les développements en TIC et les bouleversements qu’ils entrainent. Nier ces changements reviendrait à dire que la roue n’a pas changé grand-chose au transport ou que l’industrialisation n’avait aucun lien avec la production en série.
Références externes
Huster, Kevin. 2000. « Technological determinism».Ohio University. En ligne. 6 mars. URL : http://oak.cats.ohiou.edu/~kh380597/TD.htm. Consulté le 27 janvier 2010.
Wikisummaries (auteurs multiples). Année inconnue. « The world is flat, summary». Wikisummaries. En ligne. Date inconnue. URL : http://www.wikisummaries.org/The_World_Is_Flat. Consulté le 27 janvier 2010.
Costello, Sam. Année inconnue. « The history of Itunes and iTunes versions ». About.com. En ligne. Date inconnue. URL : http://ipod.about.com/od/advanceditunesuse/a/history_itunes.htm. Consulté le 27 janvier 2010.
IBM (auteur inconnu). Année inconnue. « A brief history of the IBM AS/400 and iSeries ». Site corporatif d’IBM. En ligne. Date inconnue. URL : http://www-03.ibm.com/ibm/history/documents/pdf/as400.pdf. Consulté le 27 janvier 2010.
Anderson, Chris. 2004. « The long tail». Wired. En ligne. Octobre. URL : http://www.wired.com/wired/archive/12.10/tail.html. Consulté le 27 janvier 2010.
Berman, Ari. 2009. « Iran’s twitter revolution ». The Nation. En ligne. 15 juin. URL : http://www.thenation.com/blogs/notion/443634. Consulté le 27 janvier 2010.
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